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Je vous laisse découvrir un extrait, cette séquence se déroule dans un vidéo-club, un lieu important de votre adolescence, j'en suis certain ! Ce passage vous donnera l'occasion d'en savoir plus sur les deux héros du roman mais aussi de découvrir Willy, un personnage secondaire très particulier. Oh, il y a Estelle...
Je vous laisse découvrir un extrait, cette séquence se déroule dans un vidéo-club, un lieu important de votre adolescence, j'en suis certain ! Ce passage vous donnera l'occasion d'en savoir plus sur les deux héros du roman mais aussi de découvrir Willy, un personnage secondaire très particulier. Oh, il y a Estelle...
La perfection au féminin
Samedi 12 juin 1993
11h15 – Rémi
Le fait d’ouvrir la porte du Vidéotop, geste simple et journalier, me donne l’impression d’un retour à la normale. Ça fait un bien fou. Bon, c’est pas encore le top, mais je vais laisser Remi prendre les films dont il a envie, histoire qu’il retrouve de la contenance. Enfin, quand je dis ça, y a quand même une charte à respecter. Il y a du monde et c’est pas une surprise. Je regarde tout de suite le premier présentoir à droite, c’est le mur des films dramatiques «hors nouveautés». Il y a pas mal d’emprunts. Quand ce mur-là est presque vide, ça sent pas bon. Franchement, pour louer un drame le samedi, faut être salement déprimé, ou juste avoir peur de ne rien avoir à faire le samedi soir. Ce qui est, au final, une bonne raison de déprimer. Cercle infernal de l’ennui.
Arnaud fonce vers les nouveautés pendant que je me dirige vers le comptoir avec espoir. Devant le mur de cassettes vidéo (je rêve d’avoir un tel mur dans ma chambre), le patron du magasin guette un jeune un peu trop près du carré des films pornos. Ce gros barbu, en le croisant dans la rue, tu crois plutôt qu’il dirige un bar de bikers et de métaleux plutôt qu’un vidéo-club. D’ailleurs, depuis deux ans, quand il est là, le fond musical est le même: Metallica. Ça doit être usant pour lui d’écouter ça, en plus, car il passe son temps à modifier le volume entre les moments calmes et les passages où ça pète bien, histoire pas trop déranger sa clientèle. Enfin, quand il n’y a que moi dans le magasin, il s’en tape de me gêner pendant mon choix cornélien entre deux ou trois films. Il a l’air cool, comme ça, mais derrière son tee-shirt de Motörhead et sous ses tatouages, se dissimule l’âme d’un costard cravate. Je le sens, je le sais. Et j’en suis souvent témoin. Il se comporte différemment quand des clients «adultes» sont dans le magasin. Devant moi, il a pas peur d’être un connard. Je suis qu’un gamin et c’est con un gosse. En plus, je sais que j’ai pas un air très futé et j’ai tendance à bégayer face à lui. Alors, il ne se gêne pas pour considérer sa seule employée comme de la merde. De toutes façons, à qui je pourrais le raconter ? Et je parle pas des stagiaires usés en deux jours. Franchement, quand j’ai découvert les travers de ce chef, j’ai vite rembobiné mes idées d’idéal à propos de ce boulot. J’aime vraiment pas ce mec, il a détruit un de mes rêves, c’est un peu à cause de gens comme lui que j’ai établi mes deux plans de carrière et que j’arnaque des vieux. Enfin, je ne devrais pas être aussi négatif, car à Vidéotop, j’ai découvert une autre passion: elle s’appelle Estelle. Oui, alors, je sais, je passe mon temps à résumer les meufs à de simples «beurk», mais si un jour je pense qu’avoir une femme, c’est utile, c’est elle que je veux. Quand je parle de femme, je veux dire au moins une petite copine, ou pour utiliser le terme préféré d’Arnaud: une esclave sexuelle.
Ah, Estelle. Elle est parfaite. Elle se prend jamais la tête, elle aime les mêmes films que moi, son visage n’est jamais tartiné d’un kilo de maquillage, elle sent bon le Mir Laine, puis elle est partie deux semaines aux USA (elle a visité l’Universal Studio !) et compte se rendre à Tokyo. C’est une femme, une vraie, avec un vécu et un compte en banque. Ce que j’aime le plus chez elle, c’est qu’elle retient tout ce que je dis. Pour ungars aussi individualiste que moi, c’est un idéal. Je veux dire, quand je parle d’un film, d’un réalisateur, mais aussi de choses insignifiantes (ce qui reste rare, quand même). C’est passionnant de discuter avec elle. C’est l’une des rares personnes que j’écoute vraiment. D’ailleurs, pour ne rien oublier d’elle, je prends des notes dans un carnet que je consulte souvent. Bon, tout ça, elle le sait pas.
Je m’approche d’elle avec aplomb, mais elle est occupée avec un p’tit jeune, elle lui file trois vidéos. Je l’ai déjà croisé plusieurs fois, celui-là, il loue pratiquement les mêmes films que moi. Quand il est là, je jette toujours un œil dans la corbeille des retours. Lui aussi fait la même chose. Il s’appelle Marc, je crois. Il doit avoir quatre, cinq ans de moins que moi. Ça fout un peu les jetons, car j’ai l’impression que nous sommes au même niveau de connaissance du cinéma. J’ai commencé très tard à louer des films. Mes parents voulaient pas que les cassettes du vidéo-club abîment notre magnétoscope. J’ai jamais discuté avec ce gamin, je crois que l’on se ressemble trop pour bien s’entendre. Vu qu’il me connaît pas vraiment, il m’ignore quand il passe devant moi pour quitter les lieux. Je fais la même chose.
_ Ah Rémi ! Bah alors, c’est le grand jour et tu te pointes en retard !!!!Estelle. J’aime sa voix, son sourire et ses yeux pétillants. C’est con, je sais. Je suis, finalement, comme tous les grands hommes, oui, je suis rempli à ras-bord de contradictions.
_ Oui, t’imagine pas l’enfer qu’on vient de vivre !
Zut, j’aime pas le ton que je viens d’utiliser. Je veux pas me montrer trop faible face à cet idéal.
_ Ah, tu sais, j’en ai plus trop l’air, mais j’étais ado avant toi, je sais que c’est dur.
Je fréquente trop Arnaud. Car, pendant un centième de se conde, je me demande si le mot dur fait référence à l’état actuel de mon sexe. Punaise, en plus, qu’est-ce qui fait chaud chez Vidéotop. J’ai les joues en feu.
_ Euh...T’es un peu une fille en même temps.
_ Oui, j’imagine donc que pour un mec, c’est encore plus «difficile». Car, en plus, son petit cerveau n’est pas capable d’assimiler tout ce qui lui arrive.
Ah, j’adore quand elle me casse comme ça. Ça ne cache que de l’amour. Si, si. Et ce petit sourire coquin au moment où elle a insisté sur le mot «difficile».
_ Ah, y a même pas de plaisir à te casser mon p’tit.
Elle fouille sous son comptoir. Je dois reconnaître, que quand elle me dit «mon p’tit» j’aime pas trop.
_ Bon, j’ai pensé à toi !
Je suis suffisamment proche d’elle pour sentir son haleine au café. J’adore le café et j’apprécie cette haleine chaude qui effleure mon nez toujours froid. Elle me tend plusieurs petites étiquettes habituellement accrochées sur les boîtiers des films disponibles. Il y a Leprechaun, Vendredi 13, Jason le mort-vivant (le 6), Vendredi 13, l’ultime retour (le 8, celui qui se passe à New York) et... Les Tortues Ninja 3._ Pour les Vendredi 13, je suis désolée mais le 7 est encore chez un gars qui doit rendre ses films depuis plusieurs jours. Je te le mets de côté pour la prochaine fois ?
_ Bah, c’était pour ce week-end. C’est pas grave, t’as réussi à m’avoir Leprechaun, depuis le temps que j’attends de voir ce farfadet assassiner des adolescents. Merci Estelle !_ Ouais, j’l’ai même pas encore vu, il reste jamais plus de cinq minutes en magasin celui-ci, faut dire que c’est conceptuel comme truc.
Estelle a l’avantage de ne pas payer ses locations, mais l’inconvénient de devoir attendre la fermeture du magasin pour choisir ce qu’elle loue. Quand le boss est là, pas moyen qu’elle se prenne un film de côté. Déjà qu’il aime pas trop qu’elle le fasse pour les clients.
_ Euh, pour les Tortues Ninja, tu peux pas me le laisser pour lundi ?
Elle regarde Arnaud devant le rayon des comédies.
_ Ah, y en a un qui veut pas se taper la honte devant son pote ?
_ Arnaud ? T’es fou, il a adoré le numéro deux, il était à fond dans sa période Vanilla Ice ! C’est juste que je pense pas que ce soit un film adapté à ce week-end.
_ Ah, dis comme ça, je comprends. Ok…(elle parle tout haut pour être entendu du boss), mais tu connais la règle, si quelqu’un me demande ce film, je dois lui donner !
Je sais qu’elle ne le fera pas, mais l’autre connard serait capable de lui prendre la tête s’il a l’impression qu’elle me fait une faveur.
_ Bien entendu, je comprends cette règle. Les règles sont nécessaires dans le bon fonctionnement de notre société.
Le boss ne nous capte même pas. C’était bien la peine. Il est concentré sur l’une des quatre télévisions accrochées dans chaque angle du vidéo-club. Celle-ci est indépendante, elle est utilisée pour vérifier les cassettes qui déconnent. Elle diffuse un film dont l’image n’est plus très stable. Je reconnais la scène d’introduction du premier SOS Fantômes.
_ Merci Estelle. Je vais prendre d’autres films, je repasse.
Elle me fait son petit clin d’œil habituel avant de s’occuper d’une petite famille qui attend ses films.
Je me dirige vers Arnaud, je ne vois encore aucune étiquette dans sa main. Il regarde les nouveautés du rayon comédies. Quand il me voit arriver, il se marre.
_ Alors, t’étais encore avec ton amoureuse ?
_ Chut ! Dis pas de connerie !
_ Allez, avoue que t’as un cœur !
_ Arrête !
_ Tu sais qu’elle pourrait être ta mère.
Bon, sur le coup, il ne dit pas que des conneries. Estelle n’est plus toute jeune. Je ne connais pas son âge, mais elle doit pas être loin des trente ans.
_ Exagère pas non plus.
_ Elle a peut-être un mari, des gosses...
_ Ouais, bah vu tous les films qu’elle loue, je pense que non. Elle doit bien s’ennuyer le soir quand elle rentre du travail.
_ Ah, Rémi, t’es un joli cœur, tu le sais ça ? Je t’embête plus, c’est tellement beau, un homme amoureux.
Je vois à son sourire vicieux qu’il a d’autres remarques en réserve, il m’énerve. Je vais voir les autres nouveautés en jetant un œil vers le comptoir, Estelle ne fait pas attention à nous. Ouf! Mais Arnaud me lâche pas.
_ Excuse Rémi. Mais te voir comme ça, c’est trop tentant.
_ Ah, t’es vraiment con, tu le sais ça ?
Il me regarde avec gravité.
_ Oui, je sais, maître.
Puis, il se marre.
_ Bon, j’arrête! Désolé. Bon, c’est quoi qu’on loue, alors ?
Pour la forme, je lui fais un peu la gueule, et l’ignore en regardant la pochette de Sister Act.
_ Punaise, Rémi. C’est insultant ce que tu me fais.
Je continue ma lecture de cette cassette sans intérêt.
_ Ca va les Goonies ?
On se retourne tous les deux avec le sourire. On est toujours heureux d’entendre cette voix et ce mec qui cache l’un de ses yeux derrière sa main droite.
_ Yeah! V’là Willy ! lance Arnaud.
_ Salut Willy ! je dis simplement.
_ Salut les gamins, alors, ce fameux week-end ? Je pensais vous voir plus tôt ici ! J’suis allé boire une binouse en vous attendant.
Willy, on l’adore. Arnaud et moi avons chacun notre façon d’admirer ce libre penseur. C’est toute une histoire, ce mec. Je le connais depuis que je fréquente le Vidéotop et au début, il me faisait peur. D’abord, à cause de ses deux mètres de hauteur et de son look de punk avec piercings multiples, perfecto usé de partout et grosses chaussures aux bouts en ferraille. Ensuite, le truc que j’ai honte d’avouer, la vrai raison de ma peur primaire face à ce gars, c’est euh... qu’il est noir. Et à Machin-les-Mines, y en a pas beaucoup. Bêtement, je pensais qu’il était méchant. Je peux pas dire que mes parents m’ont inculqué une large ouverture d’esprit à ce niveau. Je suis content d’avoir évolué par moi-même. Willy, c’est un gars génial, même s’il est plutôt brutal quand on le connaît pas. Ça, je peux pas l’enlever. Lors de mes premiers emprunts ici, comme mes connaissances cinématographiques étaient pas riches, mes choix étaient pas forcément de très bon goût. Et ce mec qui traîne toujours ici avait tendance à se moquer de moi. Mais jamais avec méchanceté. Il me disait «Putain, prends pas cette merde, gamin, prends plutôt c’truc là, ça prend la poussière mais putain, c’que c’est bon.». Autant dire que le boss d’ici l’aime pas trop, mais comme, en même temps, Willy loue deux ou trois films par jour, c’est le meilleur client. Il a vu pratiquement toutes les cassettes du vidéo-club. C’est comme une mission pour lui. Visionner les mauvais films, faut bien que quelqu’un le fasse pour protéger les autres. En plus de ça, il reçoit plein de vidéos gratos chez lui, pour le fanzine qu’il publie tous les six mois et qu’on lui lui commande d’un peu partout en France. Un vrai dieu ce mec. C’est un exemple à suivre, d’autant plus que c’est un chômeur. «Le prochain qui m’dit que je suis un chercheur d’emploi, j’lui casse les dents» est une de ses phrases préférées. Arnaud l’adore aussi, parce que Willy est un aimant à meufs. Il en a presque toujours une accrochée au bras. Bon, personnellement, je trouve pas qu’elles soient très classes à sentir la bière et à mâchouiller leurs Hollywood chewing-gum sans arrêt.
Willy, c’est pas son vrai nom. C’est un surnom stupide qui reflète bien la connerie qui nous entoure: on l’appelle Willy depuis qu’il habite ici (personne ne sait exactement depuis quand, ni pourquoi d’ailleurs) car la seule référence «noire» du coin était Arnold et Willy. Ça, ou Huggy les bons tuyaux. Ça faisait trop mal au cul de certains de l’appeler Mamadou. J’ai jamais compris comment un gars avec un caractère pareil avait accepté ce surnom. A force d’y réfléchir (j’ai jamais osé lui demander), je me suis dit que c’était, l’air de rien, une façon de se sentir accepté. Je crois que ce mec, avant d’être un punk qui fait peur, était un simple noir que tout le monde préférait ignorer. Un jour, Arnaud a eu une super idée : Willy était aussi le nom du pirate dans le film Goonies, Willy le Borgne. Ça rend le truc un peu plus classe. C’est pour cela, que depuis ce jour et à chaque fois qu’on le croise, Willy nous appelle ses Goonies en cachant l’un de ses yeux.Willy fixe ma main tenant les étiquettes.
_ Alors gamin, j’espère qu’t’as pas mis tes mains dans la merde ! (c’est une autre de ses phrases préférées).
Je lui montre les étiquettes pendant qu’il se marre.
_ Ah, excellent, Leprechaun !! Ouais, ça va. L’est pas trop pourri. Marrant l’Warwick en Farfadet.
_ C’est le mec de Willow, en fait, c’est ça ? lui demande Arnaud.
_Ouais gamin ! C’est lui. Et deux Vendredi 13 ! Bon choix les gamins, c’est les moins pourris. Regarder des jeunes se faire torturer et tuer, ça vous éclate à votre âge ! Tiens, j’ai vu la cassette béta du nouveau, y l’ont nommé Jason goes to hell et y disent encore que c’est l’dernier. Y va vous plaire. ‘Fin, c’est rempli de défauts techniques qui vont l’faire mal vieillir.
Putain, voilà. Ce mec sait toujours nous dire le p’tit truc qui fait que son aura augmente à chaque fois qu’on le croise !
_ Punaise Willy, tu l’as vraiment vu ? demande Arnaud.
_ Bah ouais ! Eh, gamin, l’a une gueule de mytho l’Willy ?
_ Non non Willy, t’énerve pas !
C’est Willy. Il s’énerve vachement vite. Enfin, j’ai l’habitude, il me fait plus peur. Mais Arnaud a toujours eu plus de mal.
_ Hum, je préfère ça. J’ai un pote ricain qui bosse chez New Line. Son job, c’est d’laisser filer quelques copies des films par ci par là pour en faire parler. Ils appellent ça d’la communication.
Arnaud lui répond en me lançant un regard complice.
_ Punaise, sont forts les Ricains !
Sans en avoir parlé, je crois que l’on a conscience que notre visite de Dante Inc. doit rester entre nous.
_ Ouais, les Ricains. Sont cons, mais sont balèzes. Alors gamins, seulement trois films, j’pensais qu’ce s’rait la folie, ce week-end.
_ Ouais, c’est qu’on arrive tard, y a plus grand-chose. Je suis dég, j’aurais bien aimé qu’on regarde Reservoir Dogs, paraît qu’il est génial ! répond Arnaud.
_ Merde. Je m’en doutais. Ouais, tu sais que le mec qui a fait ce film, ah, je me souviens plus de son nom. Bah, il bosse dans un vidéo-club ! je dis.
_ Tarantino qu’y s’appelle ton gars. Hum, un vidéo-club, ouais, c’est la meilleure école de cinéma du monde.
Willy pose son regard sur l’ensemble du vidéo-club, je fais de même avant de dire:
_ Bon, on sait pas trop quoi prendre du coup.
_’Fin, j’ai une petite idée, mais je suis pas certain que ça t’intéresse ! me souffle fébrilement Arnaud.
_ C’est quoi ?
Il se dirige de nouveau vers les comédies, prend le boîtier situé entre La Mort vous va si bien ! et Les Banlieusards. Puis me le montre.
_ Ouais, bof. Tes chevelus, j’ai pas envie de les voir ce week-end.
_ Allez, paraît que c’est super marrant ! C’est pas que pour les fans d’hard rock ! C’est les mecs des Nuls qui ont fait la version française.
_ Y a raison ton pote, c’t’un bon délire ce film ! Les groupes sont pas les meilleurs, mais y a des passages bien tordants dans c’te comédie, me signale Willy.
_ Vas-y Rémi, fais pas ton rabat-joie !
Bon, je suis seul contre deux.
_ Bon, ok. On le regardera entre les deux Vendredi 13 dans ce cas.
_ Merci mon pote. Tu vas voir, tu vas pas le regretter. Il a cartonné ce film, ils vont faire une suite, c’est que c’est bien.
_ Ouais, Les Visiteurs va aussi avoir une suite, pourtant c’est le pire film jamais réalisé.
Quand on parle d’un mauvais film à Willy, il devient toujours rouge, une veine située au niveau de son front fait son apparition et il sort la même phrase avant de se broyer les mains:
_ Putain, il est pire que mauvais ce film, si j’vois un seul membre de l’équipe de tournage, même l’pauve stagiaire qui préparait les sandwichs, j’lui pète sa p’tite gueule !
Et ce n’est pas une de ses phrases préférées. Pourtant, il la beugle très souvent.
_ Calme-toi, Willy. Comme tu le dis toi-même, c’est important des films comme ça. Tu peux tout de suite juger si une fille vaut le coup ou pas, lui dit Arnaud.
Arnaud repose le boîtier de Wayne’s World et me donne l’étiquette. Je regarde les deux chevelus présents sur le boîtier. Ça fait plusieurs mois que je passe devant ce film. La vérité, c’est que j’ai bien envie de le voir, mais je sais pas, y a un truc qui m’en empêche. Ça m’arrive souvent, d’éviter des choses qui pourraient m’apporter du bien.
_ Bon, les gamins, vous avez choisi le film que je dois prendre pour vous ?
Je ne sais pas quoi répondre. Arnaud est vraiment bizarre, je pensais que ce serait la première chose qu’il aurait demandé à Willy. Il me gave depuis trois semaines avec son film de cul. Alors, je sais pas trop comment interpréter sa non-réaction.
_ Putain, z’avez les j’tons les gars ?
_ Euh non, non ! clame Arnaud.
Moi, ça me saoule. Son film de cul, je m’en tape. Je regarde mon pote, puis Willy.
_ Bon, Ce qu’on fait, c’est que je vais déjà récupérer ces films (je lui montre les étiquettes) et pendant ce temps, tu t’arranges avec Willy._ Euh, ok.
_ ‘tain les gamins, y a de la tension dans vot’ couple !!
Vas-y Willy, marre-toi. Je retourne voir Estelle, elle va m’envoyer quelques ondes positives.
_ Ah, Wayne’s World ? Excellent ! me dit la perfection au féminin.
_ Ouais, on verra, c’est Arnaud qui veut voir ce film.
_ Bah, tu ne vas rien regretter, il est vraiment bien ! Pour une fois que l’on profite d’une super version française ! Bon, je vais te chercher ça.
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