vendredi 5 octobre 2012

James Bond dans les 90's


Profitons des 50 ans de l'agent secret au service de sa majesté et de la sortie prochaine du nouveau film (Skyfall) pour revenir sur James Bond version 90's grâce à cet article rédigé par Lisa :

James Bond dans les 90s : à la recherche de l’identité perdue

La décennie 90 commence avec un bouleversement géopolitique majeur : la fin de la guerre froide. L’idée dominante à l’époque, popularisée par Fukuyama en 1999, est celle de la « la fin de l’histoire » : maintenant que le capitalisme a gagné, les combats idéologiques ont durablement cessé. 

Les bases de la saga Bond sont ébranlées : sans les méchants soviétiques, les services secrets ont perdu leur raison d’être. Alors l’équipe de production s’interroge : comment poursuivre ses aventures cinématographiques ? Le laps de temps (long !) entre le dernier Timothy Dalton (1989) et le premier Brosnan (1995) marque ce temps de réflexion. 


Pierce Brosnan, un James Bond controversé

Pierce Brendan Brosnan relève le défi de faire entrer Bond dans l’ère post-soviétique. Il incarne le personnage durant quatre films, entre 1994 et 2002 – une belle performance.

Sa carrière était à l’origine très éloignée de l’action, des bombes et cascades, puisqu’il s’intéresse dans un premier temps au théâtre. Son nom devient connu dans le milieu new-yorkais lorsqu’il accepte le rôle proposé par Tennessee Williams, dans sa nouvelle pièce « The Red Devil Battery Sign ». 
Brosnan tente (et réussit) une incursion dans le cinéma aux côtés de Robin Williams, dans la comédie déjantée « Mrs. Doubtfire ». Mais son lien avec le cinéma, il le doit avant tout à l’univers Bond, qu’il côtoie depuis le film « Rien que pour vos yeux ». En rendant visite sur le tournage à sa première femme, Cassandra Harris, qui incarne une conquête de Bond, il fait la connaissance de Cubby Broccoli and Michael Wilson. Pour les deux producteurs, c’est le coup de foudre : 1m87, élancé, brun…Brosnan est LEUR 007, correspondant en tous points au personnage de Ian Fleming. Broccoli et Wilson lui promettent alors de travailler un jour ensemble…quand l’acteur aura mûri. Lorsque Sean Connery passe le relais, ils renouvellent la même promesse…et signent avec Timothy Dalton. Enfin, en 1995, suffisamment de temps a passé et pour l’équipe de « Goldeneye », Brosnan s’impose comme une évidence. 

Pourtant, ce choix passe mal auprès des inconditionnels de Bond : Bond, incarné par un acteur Irlandais émigré aux Etats-Unis…c’est un crime de lèse-majesté ! D’autant plus que lors de sa présentation officielle, Brosnan commet un impair : il annonce vouloir faire ressortir les émotions et la fragilité interne de son personnage. A l’écran, cela se traduit par un 007 dandy, dont le brushing surnaturel fait des envieux dans le milieu de la mode…mais pas de l’espionnage. L’agent secret semble plus à sa place dans les cocktails mondains que dans les combats. Les médias appuient alors leurs critiques sur le passé de mannequin de Brosnan. Les tabloïds s’engouffrent à leur tour dans la brèche et accusent l’acteur d’avoir entretenu des liaisons homosexuelles durant son adolescence… 

Le mythe de Bond est écorné, mais les scénaristes assument…et en jouent. Par exemple, quand on reproche le manque de virilité de 007, ils augmentent au maximum la taille de ses pistolets, façon « humour second degré » ! Et quand James Bond est à deux doigts de rater son sauvetage du monde, voici son excuse :

Alec Trevelyan: “You're late, 007.”

James Bond: “I had to stop in the bathroom.”

En tous cas, l’acteur Brosnan se tire au final plutôt bien de son passage dans la saga, puisqu’il est le seul 007 à jamais avoir épousé une James Bond Girl, Keely Shaye Smith.

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Goldeneye (1995) : un retour réussi, mais qui peine à s’éloigner des classiques

Si « Goldeneye » est le nom de la maison dans laquelle Ian Fleming a rédigé ses romans, c’est aussi celui d’un satellite russe conçu par Alec Trevelyan pour dévaster l’Angleterre. Le film raconte la trahison par l’ancien agent 006, devenu leader du « Janus Syndicate », qui projette de voler électroniquement toutes les banques britanniques, puis de lancer une impulsion capable de dérégler l’ensemble des appareils électriques. 


Un film au second degré ?


Le mur de Berlin s’est effondré et la Guerre froide s’est achevée, mais on peut se demander si les producteurs ont ouvert leurs journaux depuis ces six années. Afin de ne pas trop dépayser les fans de l’univers Bond, les méchants sont toujours soviétiques (General Ourumov…), ou adoptés par le bloc (Alec Trevelyan) et l’action se passe en grande partie en terres communistes (Sevemaya, Saint Petersburg, Cuba…). La saga continue de fonctionner sur un mode binaire (nécessité de choisir son camp, conflit de loyauté…) alors que le monde est devenu multipolaire. 

Le spectateur a le choix : il peut regarder le film au premier degré, auquel cas il s’étonnera du décalage entre l’Histoire, la vraie, et son traitement par le scénario. Soit il interprète le film au second degré, considérant les scènes avec les Russes comme des clins d’œil aux Bond passés. L’énormité des aventures prête à rire, comme lors de la course poursuite en tank dans les rues de Saint Petersburg. 


Bond et les femmes

Le mythe 007 tient bon. Le héros est particulièrement en forme, puisqu’il fait à lui seul 12 victimes ! Il continue à séduire à tout-va dans le camp ennemi (en l’occurrence, la Polonaise Natalya Simonova) et en dépit intentions de Brosnan de rendre son personnage plus sentimental, 007 reste le loup solitaire et misogyne qu’on connaissait.

Natalya: “How can you act like this, how can you be so cold?”

Bond: "It's what keeps me alive."

Natalya: "No, it's what keeps you alone."

Mais si 007 n’a pas évolué, la société a progressé, et le film l’intègre. Le changement le plus notable vient du service des ressources humaines de sa Majesté, qui a réussi…à transformer « M » en femme (Judi Dench). Ce changement s’est inspiré de l’actualité britannique, puisqu’on apprenait à l’époque que le chef des services secrets était en réalité une femme, Stella Rimmington. Stupeur. M représente parfaitement la femme des années 90, carriériste, forte, voire dure, à force de lutter pour s’imposer dans un monde d’hommes. Mais sa présence est salutaire parce qu’elle n’hésite pas à tacler Bond, disant tout haut ce que le spectateur pense tout bas : 

M : "You're a sexist, misogynist dinosaur, a relic of the cold war..." 


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Tomorrow never dies (1997) : la saga Bond intègre les évolutions économiques mondiales

Suite au succès au box-office de « Goldeneye », la série Bond est relancée. Avec « Tomorrox never dies », en 1997, les scénaristes s’en réjouissent et le font savoir à travers le personnage de Paris Carver (Teri Hatcher). Fade et soumise, elle ne se fait remarquer que par ses boutades sur l’absence de 007 :

Bond: "Was it something I said?"

Paris: "How about the words, "I'll be right back"?"

Et : 

Paris: "I used to look in the papers every day for your obituary."

Bond: "Sorry to disappoint you."

Ce nouveau 007 n’a cependant rien de décevant : « Tomorrow never dies » est sans doute l’opus le mieux adapté à l’évolution de la société, proposant à la fois un scénario, un vilain et une Bond Girl reflétant le monde actuel. 

Elliot Carver ou Steve Jobs ?

Dans ce nouveau film, 007 déjoue le complot d’un magnat des médias qui tente de monter les grandes puissances internationales les unes contre les autres. Enfin, Bond semble en avoir fini avec les Soviétiques puisque l’ennemi vient cette fois de l’intérieur : le méchant est un Anglais pure souche. Shocking. 

Il est facile de trouver la source d’inspiration des scénaristes : Carver est le portrait craché de Steve Jobs, grand, svelte, les tempes grisonnantes. Les patrons recourent aux mêmes méthodes de travail : tomber la cravate pour avoir l’air plus cool (le col Mao, symbole communiste…faut-il y voir un signe ?) ; se mettre en scène devant un support Powerpoint dynamique, seul, face au parterre d’aficionados, la crème de la société.


Avec Carver, Bond n’affronte pas du muscle, mais du ciboulot : les « méchants » militaires et brutes ont fait leur temps. Maintenant, l’ennemi est intelligent. Mieux : c’est un génie, un précurseur. 

"The distance between insanity and genius is measured only by success." (La distance entre la folie et le génie est mesurée uniquement par le succès.)

Dans les années 1990, avec l’émergence d’Internet, on comprend que le réel pouvoir, c’est l’information, celle qu’on a et celle qu’on véhicule. Carver incarne donc le Big Brother moderne…et plus encore : non seulement il sait tout, grâce à son journal « Tomorrow », son matériel ultramoderne et la présence de ses antennes dans le monde entier ; mais en plus il crée lui-même son information. (Pour la petite anecdote : le titre original du film était « Tomorrow never Lies »… transformé en « Dies » suite à une coquille dans un fax). Carver est l’un des méchants les plus manipulateurs et subtils : contrairement aux précédents ennemis, il ne recourt pas à la force, mais pousse les autres à le faire à sa place. Pour atteindre ses fins, il n’a pas besoin d’arme : ses connections politiques, industrielles, mafieuses, et mêmes militaires, agiront pour lui. Grâce à son charme et à son patriotisme de façade. Carver est un malin. 

"Good morning, my golden retrievers! What kind of havoc shall the Carver Media Group create in the world today?"

Pratiquement tous les films Bond repose sur l’idée d’un complot mondial échafaudé par une alliance ramifiée et structurée. Ce nouvel opus reprend la même base, avec une variante : pour la première fois, l’organisation est connue de tous : The Carver Media Network. C’est une des rares fois où le film se mêle de politique économique, en dénonçant clairement l’émergence de monopoles. A noter : Bond reste résolument capitaliste, puisqu’il critique les dérives du libéralisme mal appliqué, et non pas le libéralisme lui-même !

L’émergence de la Chine

« Tomorrow » est un des films les plus politisés ; il propose une réelle réflexion sur le monde et les changements politiques en cours. Cet opus laisse de côté le mode de pensée binaire qui caractérise la saga (le gentil versus le vilain –pas beau –obsessionnel) : Bond affronte plusieurs méchants, qui appartiennent à différents « blocs » (libéralisme ; communiste), et poursuivent des objectifs différents. Carver cherche à déclencher le chaos mondial pour s’imposer comme le leader omniscient –il représente l’Occident. Face à lui, Wai Lin, dont on ne parvient pas à déterminer si elle est alliée ou ennemie. Elle représente l’Asie émergente. 

Dans les précédents films, Bond avait collaboré (ou affronté !) avec l’Orient, uniquement représenté par le Japon. Mais dans les années 90, ce pays sombre dans le marasme économique et financier ; tandis que la Chine s’impose sur la scène internationale. Pour marquer en douceur la transition avec les précédents opus de la saga, le film s’ouvre sur une scène à la frontière Russe…avant que l’épisode ne bascule franchement dans les terres chinoises. Les scénaristes jouent avec les clichés (en sont-ils… ?), comme en témoigne la scène de la montre : Wai Lin possède la même Omega que Bond, copiée, évidemment…et améliorée ! Elle s’attaque directement au symbole de virilité de l’agent secret, et rivalisant avec lui dans de nombreux domaines : spécialiste des arts martiaux ; conductrice talentueuse d’engins motorisés en tous genres ; cascadeuse chevronnée… Elle parvient même à surpasser son homologue, par exemple en le semant après une course poursuite effrénée dans les rues de Saigon. Wai Lin marque un tournant dans l’histoire des femmes dans la saga. D’ailleurs, ce n’est pas anodin : le personnage a été incarné par la Lady la mieux payée d’Asie, Michelle Yeoh. 

Ce tandem de choc booste 007, tuant à lui seul pas moins de 25 ennemis : « Tomorrow never Dies » a la pêche.


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The World is not Enough (1999)...Le Scenario is not Enough?

Pour le dernier film du millénaire, le spectateur attendait de Bond qu’il nous offre un feu d’artifice. Dommage : il sera sans saveur ni odeur. Qui, parmi les aficionados de Bond, citerait « The World… » comme son opus favori ? 


Vieux continent…vieux scénario ?


Le scénario résolument ancré en Europe (Bilbao, Londres, Istanbul…) réjouissait d’avance les fans du vieux continent. En soi, le scénario avait du potentiel : 007 a pour mission de protéger la riche héritière d’un empire pétrolier ; il est alors confronté au Renard, un anarchiste insensible à la douleur. 

Pourtant, le manque d’originalité du film est flagrant. Bond revient aux classiques, à tel point qu’il semble revivre les mêmes aventures que dans les années 70 : le banquier suisse ; la mort d’un collègue agent secret ; la cargaison secrète d’armes dans le bateau ; la bombe cachée dans la valise de billets ; l’évasion dans une montgolfière… On a déjà vu ces scènes ! 


Un problème de casting ?

Le film est considérablement affaibli par son casting, au point que les producteurs ont publiquement avoué regretter cette James Bond Girl. A la décharge de Denise Richard, le scénario n’a pas gâté son personnage. Ses répliques ne reflètent pas son intelligence –pour devenir docteur en physique nucléaire, elle doit bien en avoir un peu ! Christmas ne s’intéresse absolument pas au monde de l’espionnage et se trouve embarquée contre son gré dans l’histoire. D’où l’impression pour le spectateur que Bond traîne un boulet…

Christmas: "Do you want to put that in English for those of us who don't speak spy?"

Si Denise Richards n’avait pas affiché une poitrine si opulente, aurait-elle était sélectionnée ? Vu sa performance dans le film, on est en droit d’en douter… L’actrice a d’ailleurs reconnu avoir regretté sa participation, où son physique a pris trop de place.

Christmas: "If I don't get this back, somebody's going to have my ass!"

Bond: [pauses] "...first things first."

La minute Cocorico 




Les fans français se consoleront avec la participation de Sophie Marceau. Hédoniste, passionnée, totalement libérée, dotée d’un caractère en acier trempée, elle offre une bouffée d’air frais au film.

Elektra: “There's no point living, if you can't feel alive.”

Elektra représente une Eve moderne : belle…et fatale, comme l’illustre la scène d’anthologie, la torture de Bond sur la chaise. C’est au moins une petite consolation pour les spectateurs. 








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Merci à Lisa pour cette excellent dossier ! A bientôt pour un nouveau retour dans les 90




1 commentaire:

  1. Née fin 85, je suis en décalage total par rapport à James Bond ! Quand d'autres citent Sean Connery ou Roger Moore, pour moi il ne peut QUE s'agir de Pierce Brosnan !! De plus, le theme song signé Garbage, avec ce magnifique clip, c'est juste énorme !

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